Le collège présidentiel de neuf membres en Haïti: Un mandat, zéro résultat

Le Conseil présidentiel de transition (CPT) a été pensé comme une réponse à l’urgence, une digue provisoire face à l’effondrement du pays. Dans l’article 1.1 de l’accord politique (adopté le 4 avril 2024) régissant son fonctionnement, il est indiqué noir sur blanc que ses principales missions sont : la sécurité, les réformes constitutionnelles et institutionnelles, et surtout l’organisation d’élections. La promesse était claire et simple. Avant la fin de son mandat, le CPT devait rétablir un MINIMUM d’ordre.

Cependant, la transition n’a pas été une digue. Elle a ressemblé à une parenthèse qui s’installe, à une salle d’attente où l’on s’organise… pour attendre. Et quand le mandat du CPT arrive à son terme le 7 février 2026, le pays bascule dans un entre-deux encore plus dangereux. La population ne peut que constater la fin d’un organe, l’absence de consensus sur la suite, et une terreur qui s’amplifie. Tant pis pour la population!

Le CPT peut se juger d’abord à un résultat simple. Est-ce que la vie, en Haïti,  redevient-elle praticable ? Peut-on circuler, travailler, envoyer ses enfants à l’école, tomber malade sans se demander si l’hôpital est accessible ? D’ailleurs, il faut éviter de tomber malade! Est-ce que les institutions étatiques ont repris leurs fonctions? Or, pendant que son mandat prend fin,  l’insécurité s’est enracinée. À Port-au-Prince, les groupes armés ont continué d’étendre leur emprise. Des territoires se perdent encore, des personnes sont contraintes de fuir leurs foyers et surtout, les violences sexuelles envers les femmes grimpent. Comme si c’était normal.

Ce n’est pas nous, ce sont les luttes intestines au sein du CPT qui ont fait que la sécurité est encore loin du rêve haïtien”, dit Mario Andrésol, secrétaire d’État à la sécurité publique, à la veille du départ du CPT. 

Sauf que les fameux neuf présidents ont promis de coopérer de bonne foi pour sortir le pays de cette crise endémique.

Le CPT était composé de neuf membres, dont sept votants et deux observateurs/observatrices. Cette formule voulait incarner l’inclusivité, alors disons mieux, incarner un meilleur partage du gâteau. Quand trop d’acteurs ont un droit de regard sans un cadre rigoureux d’arbitrage, on obtient une politique du véto où chacun peut freiner, personne n’est réellement obligé d’aboutir. Résultat : le pays ne voit pas une direction, il voit un équilibre instable. Et dans cette crise, l’instabilité devient une stratégie. Chacun se protège, on calcule, on se repositionne ou encore s’assure. Le signal le plus parlant est qu’à l’approche de la fin du mandat, l’organe censé garantir la transition s’est lui-même retrouvé au cœur de tiraillements, au point d’alimenter l’incertitude sur la continuité de l’exécutif.

Les élections : un horizon qui recule au lieu d’arriver

Une transition n’a de légitimité que si elle prépare sa propre fin. L’élection est le point de sortie. Or, le calendrier publié par le Conseil électoral provisoire fixe le premier tour des élections législatives et présidentielles au 30 août 2026, puis un second tour en décembre. Le problème n’est pas seulement la date. Le problème, c’est ce que la date raconte. La transition devait produire une rampe de lancement, elle produit un rendez-vous au-deçà de son propre mandat. Autrement dit, le CPT est le témoin d’un objectif qu’il n’a pas atteint, en laissant au pays cette éternelle question  : qui garantit l’organisation de ce scrutin, et avec quelle légitimité, après le 7 février 2026 ? Politiquement, l’effet est désastreux.  La population a entendu “élections”, puis observe que le collège de neuf fameux présidents a épuisé la durée de son mandat… sans élections. L’écart entre parole et réalité devient un carburant pour le cynisme.

Le vrai noyau de l’échec : pas un manque de cv, un manque de volonté

L’échec du CPT n’est pas réductible au niveau d’études ou à l’expérience de ses membres. On peut réunir des profils prestigieux et produire un résultat faible, si la dynamique collective n’est pas orientée vers le service public. Au CPT, ce qui a manqué, ce n’est pas la capacité intellectuelle. C’est l’alignement, la volonté de réussir,  la capacité à faire taire les intérêts de camp, à accepter une discipline de résultats, à se lier les mains sur des engagements mesurables, et à payer un coût politique pour tenir la ligne. En clair, une volonté commune de réussir, non pas au sens moral (“être de bonnes personnes”), mais au sens politique qui revient à décider ensemble, exécuter vite, rendre des comptes, et quitter la scène au moment promis. L’histoire récente d’Haïti le montre avec une régularité douloureuse! Les transitions deviennent souvent des lieux de pouvoir plus que des outils de sortie de crise. Le CPT n’a pas échappé à cette logique  et c’est cela, son échec ou encore l’échec de la population.

Neuf profils, grand naufrage

Pour mémoire, les membres les neuf membres du désormais ancien CPT étaient l’ancien gouverneur de la banque de la République d’Haïti (BRH) Fritz Alphonse Jean, l’ancien ambassadeur en République dominicaine Smith Augustin, l’avocat Emmanuel Vertilaire, l’ancien président du Sénat Edgard Leblanc, l’ancien sénateur Louis Gérald Gilles, l’homme d’affaires Laurent Saint-Cyr, Leslie Voltaire, architecte urbaniste praticien dans les secteurs public et privé, Régine Abraham, agronome et ancienne directrice de cabinet au ministère de l’Environnement, et Frinel Joseph, ancien journaliste et Conseiller Électoral au Conseil Électoral.

 

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