Les Haïtien.nes sont en guerre… Peut-être que cela ne se dit pas clairement. Peut-être que vous ne vous en rendez pas compte.
Si, à la radio, on ne parle pas de la situation de mon pays comme on le fait pour l’Ukraine depuis 2022, comme on le fait pour le gaza depuis octobre 2023, c’est que les projecteurs s’éteignent sur nous. Pourtant, les circonstances sont similaires. Chaque jour, nos villes comptent des morts, des maisons incendiées, des Haïtien.nes ne peuvent trouver refuge même sur leurs propres terres. Depuis les fameux aveux sans remords de notre ancienne ministre de justice Emmelie Prophète concernant des territoires perdus en se référant à des espaces contrôlés complètement par des chefs gangs, ces derniers prennent des ailes. Ce ne sont plus les zones les plus défavorisées qui sont contrôlées par les gangs. Mais la vie des Haïtien.
À Pétion-Ville, les détonations retentissent partout aussi. Ah oui, pour celles et ceux qui ne vivent plus en Haïti depuis quelques années, la fierté de Pétion-Ville a disparu.
En tout cas ! Je ne suis pas partisane de la ségrégation urbaine… !
Revenons à notre guerre, dont le monde se moque… Jusqu’à présent, ce ne sont pas des forces extérieures qui nous ont déclaré la guerre. Pourtant, nous sommes bel et bien en guerre. Haïti s’est transformée en un véritable champ de bataille. Port-au-Prince n’existe plus ! Carrefour-Feuilles, ce quartier qui m’a accueillie à mon arrivée dans la capitale, a disparu. Lalue n’est plus qu’un souvenir. Le centre-ville de Port-au-Prince est réduit à néant. Gressier, Martissant, Carrefour, Mariani sont tombés depuis des années. Quant à la Plaine, Clercine, Croix-des-Bouquets… mieux vaut ne pas en parler.Même la commune de Kenscoff rejoint la liste des territoires perdus.
Il y a moins de quatre mois, je me retrouvais à Port-au-Prince après plusieurs années passées à l’étranger. Ce qui m’a bouleversée, c’est l’atmosphère qui y régnait : des vestiges de guerre. Des traces de conflits en Haïti… Un pays en délabrement total. Les gens, malgré tout, s’accrochaient à leurs activités quotidiennes. Mais tout semblait imprégné d’une résignation à vivre sous le joug des ennemi·e·s. Vivre des ennemi·e·s.
« Pas de dirigeants ». Généralement, les auteurs utilisent des phrases stratégiques pour captiver leur lectorat. Ici, ce n’est pas le cas. « Pas de dirigeants » est une réalité que chaque Haïtien·ne éprouve quotidiennement, au point de douter des secondes à venir après chaque instant vécu.Mais, j’avais encore un brin d’espoir.
Mais malheureusement, ce brin d’espoir a chuté!!!
Quand j’ai appris l’exécution sommaire de plus de 207 personnes, en majorité des personnes âgées.
Quand les ennemi·es ont tué plus de 150 personnes à Kenscoff,commune grenière de Port-au-Prince.
Quand ils et elles ont arraché un bébé de deux mois des bras de sa mère pour le jeter dans les flammes.
Quand ils se sont accaparés de Delmas. Désormais, les résident.es de cette commune se retrouvent dans les rues.
Ce brin d’espoir, quand j’ai été alertée à plusieurs reprises de ne pas me tenir devant le miroir de la chambre où je suis hébergée, car il fait face à une fenêtre, par crainte d’être atteinte par une balle perdue.Eh oui, même dans nos chambres, nous pouvons être atteint.es par des balles des ennemi.es. Dans nos écoles aussi, des balles des ennemi.es nous atteignent. Le 11 février 2025, un jeune étudiant en relations internationales est mort après avoir été atteint par une balle des ennemi.es en pleine salle de classe. Un autre jeune élève a été blessé ce même jour par une balle des ennemi.es au moment où il allait aux toilettes sur la cour.
Haïti, le seul espoir que l’on a est de tomber sous les balles des ennemi·es à un moment ou à un autre.
Qui entamera les discussions pour un cessez-le-feu ? Gaza en bénéficie d’un. L’Ukraine est sur le point d’en trouver un. Et nous, la population haïtienne ? Qui négociera un cessez-le-feu pour nous ? Qui s’indignera de notre sort ? Qui haussera la voix pour dire : assez ?

