Dans le département de l’Artibonite, la violence étend son emprise et précipite un nouvel exode

À la fin du mois de mars 2026, le département de l’Artibonite a, une nouvelle fois, basculé dans la terreur. En effet, entre les 28 et 31 mars le groupe armé Grand Griffe qui évolue dans la localité de Jean Denis a commis des attaques armées, provoquant un lourd bilan humain. Selon un rapport du Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA), le nombre de personnes tuées s’élève à plus de 70 personnes dont des mineur·es  tandis que d’autres ont été blessées. Des habitations ont été incendiées et des familles entières ont fui vers des communes voisines , dans un mouvement de déplacement aussi massif. 

La violence armée qui s’étend dans le département de l’Artibonite ne se contente plus de causer la mort à des citoyen·nes, mais elle désorganise profondément la vie sociale, fragilise les structures locales et s’installe comme horizon quotidien. Elle s’est doublée d’une crise de déplacement. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a recensé 5 291 personnes déplacées, soit 1 359 ménages, à la suite de ces attaques. La majorité d’entre elles, soit 81 %, ont trouvé refuge auprès de familles d’accueil, tandis que 19 % se sont réparties dans cinq sites préexistants. Plus de la moitié de ces déplacé·es se trouvent dans la commune de Dessalines. 

La situation dans le département de l’Artibonite donne ainsi à voir une réalité  de l’Haïti contemporaine. L’Haïti d’aujourd’hui est celle où l’expansion des groupes armés ne se contente pas d’installer un climat de peur. Elle redessine les territoires, bouleverse les repères les plus élémentaires de la vie collective et contraint des milliers de personnes à fuir des espaces qui étaient, jusque-là, ceux de leur existence ordinaire. À mesure que les violences s’étendent, des localités entières cessent d’être des lieux d’ancrage pour devenir des espaces d’insécurité, d’errance et de survie. Dans un tel contexte, des Haïtien·nes finissent par devenir des étranger·ères sur leur propre terre, privé·es de stabilité, de protection et parfois même du simple droit de demeurer chez eux·les. Une telle situation  exige des dispositions publiques fortes, cohérentes, capables de protéger les populations, de restaurer l’autorité de l’État là où elle s’est effondrée et de permettre enfin au peuple haïtien, écrasé par les violences des gangs depuis 2018, de reprendre souffle.

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