Corruption : Haïti s’enfonce, la population paie

Le nouveau classement mondial de l’Indice de perception de la corruption (CPI) de Transparency International, rendu public le mardi 10 février 2026, place Haïti parmi les pays les plus mal notés. Selon l’Organisation, le pays obtient un score de 16 sur 100 et se classe 169e sur 182 pour l’édition 2025. Un score inchangé par rapport à 2024, comme un signal d’alarme qui se répète, année après année.

Derrière ce score, il ne faut pas lire une simple statistique. Il faut entendre un diagnostic : celui d’un État dont le secteur public est profondément exposé aux pratiques de corruption, au point que la progression ne se voit même plus dans les données de référence. Et pendant que ce score stagne, la vie, elle, s’effondre! Dans les grandes villes comme à la campagne, la population paie comptant. Les services publics sont pratiquement absents, les routes sont impraticables, les peu d’hôpitaux qui existent sont sous-équipés, les écoles fonctionnent au ralenti, la justice qui ne répond plus et surtout des territoires continuent de tomber sous le contrôle des gangs. Quand l’argent public se perd ou se détourne, ce sont des vies qui rétrécissent.

En Haïti, la corruption traverse toutes les régions et fragilise des secteurs clés comme la justice, la sécurité, les marchés publics, l’économie et la politique. Elle s’invite aussi dans le quotidien et partout où la population dépend d’un service, d’une signature ou d’une procédure.

Le drame, c’est le prix social de la corruption

La gouvernance par la corruption a son coût social. La pauvreté! Selon le fonds international de développement agricole (FIDA), en 2025, un·e Haïtien·ne sur deux est sous-alimenté·e. La population haïtienne a faim! Les chiffres le montrent clairement. L’Integrated Food Security Phase Classification (IPC)  indique que la violence des gangs et l’asphyxie économique ont poussé près de 5,7 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population dans une insécurité alimentaire aiguë, et dont plus de 2 million en « urgence ». Et la projection pour l’année 2026 annonce une détérioration supplémentaire. 

Le coût de la nourriture raconte l’étranglement. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), les prix à la consommation des principaux produits alimentaires sont de 30 à 77 % plus élevés que dans l’ensemble de la région Amérique latine et Caraïbes. Les agriculteur·rices sont également dans l’impossibilité de vendre leurs produits en raison du blocage de plusieurs routes reliant la zone métropolitaine aux régions.

L’indice de perception de la corruption de Transparency International montre comment l’impunité est perçue comme normale, et les garde-fous institutionnels comme insuffisants, voire inexistants. Dans son rapport de 2025, l’Organisation rappelle que la corruption prospère là où les contre-pouvoirs s’affaiblissent, où la justice est politisée, où l’espace civique est attaqué, et où la surveillance des dépenses publiques est trop faible.Tout ce qu’Haïti connaît!

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