Saisie au Cap-Haïtien : le trafic d’armes, talon d’Achille de la stabilisation en Haïti

La découverte d’un important lot d’armes à feu met en lumière les défis colossaux du contrôle des frontières et la persistance des réseaux criminels, malgré l’embargo international.

 

Une opération de routine a viré à la découverte majeure. Ce mardi 6 janvier, vers 11h00, au terminal portuaire du Cap-Terminal S.A. 2, à Quartier Morin, dans le Nord d’Haïti, les autorités ont porté un coup aux réseaux d’approvisionnement en armes qui alimentent l’instabilité chronique du pays.

 

Lors d’une inspection conjointe de la Brigade de Lutte contre le Trafic de Stupéfiants (BLTS) de la région Nord et des agents des douanes, un conteneur en provenance des États-Unis a attiré l’attention. Dissimulés au milieu d’un chargement de marchandises diverses, cinq boîtes identifiées sous le code « L663 » ont été ouvertes. Leur contenu était sans équivoque : neuf pistolets semi-automatiques, neuf chargeurs et, surtout, 5 500 cartouches de calibre 7,62 × 39 mm, la munition standard des fusils d’assaut de type AK-47, omniprésents dans les mains des gangs.

 

Deux individus, présentés comme des logisticiens chargés de la réception de la marchandise, ont été immédiatement interpellés et placés en garde à vue. La Police nationale d’Haïti (PNH) a immédiatement annoncé l’ouverture d’une enquête « pour déterminer l’ensemble des responsabilités liées à ce trafic illicite d’armes ». Les autorités judiciaires du Parquet de Cap-Haïtien sont saisies de l’affaire.

« Pour les forces de l’ordre haïtiennes, cette opération est une victoire tactique.  C’est le résultat d’un renseignement de qualité et d’une coopération efficace entre unités spécialisées », se félicite un officier de la BLTS/Nord. Cependant, le sentiment dominant reste celui d’un combat inégal. « Pour chaque conteneur saisi, combien passent ? Les moyens technologiques (scanners à rayons X performants, bases de données interconnectées) et humains nous font cruellement défaut », admet la même source.

 

La saisie de ces armes  est une bonne nouvelle opérationnelle qui ne doit pas masquer l’ampleur du défi. Elle met en exergue la vitalité des réseaux de trafic qui perpétuent le cycle infernal violence-insécurité-pauvreté.

 

Le renforcement des capacités de contrôle aux frontières (maritimes, aériennes et terrestres) apparaît plus que jamais comme une priorité absolue, au même titre que le combat contre la corruption au sein des appareils étatiques. La communauté internationale est interpellée sur sa capacité à aider Haïti à verrouiller ses points d’entrée et à remonter les filières depuis les pays sources. Sans une action drastique sur ce front, toute stratégie de sécurisation du territoire haïtien risque d’être compromise.

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